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Il y a quelques années, j’avais une rare discussion politique avec J., mon ami d’enfance. Notre discussion enflammée commençait à tourner en rond et je voyais qu’il n’y prenait aucun plaisir; son sourire forcé en témoignait. Spontanément et en guise de conclusion, j’ai laissé s’échapper cette phrase : « De toute façon, l’humain est trop stupide pour qu’un changement soit possible ». J. s’est esclaffé en me disant qu’il appréciait ma blague. À ce moment, je ne savais pas trop si j’avais vraiment fait une blague, mais il reste que si c’en était une, elle s’est transformée en certitude et elle se dévoile maintenant comme un constat, une réponse sérieuse, à mes yeux, à propos de notre monde.

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C’est souvent dans les plus grandes simplicités que se cachent les choses les plus vraies.

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Il y a de ces maladies sociétales dont on ne soupçonne à peine la gravité.

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La technologie est une véritable maladie circulaire et incurable. Il arrive que sa possession nous fasse désirer sa perte, mais c’est surtout sa perte qui veut nous faire désirer sa possession.

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C’est par la facilité du « lien » qu’il y a une immense difficulté à se libérer du joug de la technique.

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Plus la technologie progresse, moins la pensée éclot. La connaissance sans limites n’a rien à voir avec le silence de la pensée.

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Les machines ne se nourrissent pas d’électricité, mais de notre temps.

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La technologie est ce raccourci, ce leurre qui promet un but en donnant instinctivement l’illusion d’y arriver. C’est plutôt le retour à l’esclavage qui resurgit.

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La solitude a déjà été une fatalité dans l’Histoire. Avec la technologie, elle est devenue trop facilement évitable.

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Comme avec les guerres et les idéologies, certains s’efforcent de faire accepter aux gens la technologie. L’excès de répétitions a fait ses preuves dans le passé, mais c’est peut-être parce que l’être humain est conditionné à mourir qu’il accepte candidement cette séduction mentale qui le déracine de lui-même : le progrès.

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Le temps est compté avant que nous ne soyons que des données numériques analysables et déterminées par une des formes particulières de l’intelligence artificielle.

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L’humain est supérieur à la machine, c’est pourquoi il ne peut qu’être inférieur à elle. L’assujettissement contient un désir inavoué de renversement. Les colonisés veulent devenir colonisateurs c’est en cela qu’ils sont plus forts, ainsi les pauvres sont supérieurs aux riches, tout comme la femme est supérieure à l’homme, car leur condition ne leur permet pas de perdre. En ne cessant jamais de combattre, c’est bien leur désir d’inverser l’ordre des choses qui fera d’eux logiquement, comme avec les machines, les dominants de demain. Ce n’est ni mal ni bien, c’est comme ça. L’humain apprend rarement de ses erreurs, et s’il souffre il doit et va, presque la totalité du temps, se venger, car sinon ses émotions se retourneront contre lui-même. Les opprimés sont déterminés à gagner un jour (et même s’ils ne gagnent pas c’est tout de même eux qui ont raison depuis le début), mais c’est bien dans cette victoire que réside leur faiblesse. Car l’inversion accomplie, ils auront plus ou moins à lutter et cela causera leur perte, étant donné que l’ordre du pouvoir s’inversera à nouveau. Et le pouvoir se renforcera toujours, même si ce dernier n’est pas réel, seuls les certitudes demeurent. On est toujours le serviteur de quelqu’un, mais la plupart du temps c’est, en réalité, de notre identité et de nos perceptions que nous sommes esclaves.

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L’homme en mettant le masque de « Dieu » crée la machine qui le remplacera. Un robot programmé pour sauver l’environnement ne tardera pas à supprimer les humains. Et il ne serait pas étonnant qu’un jour des sortes « d’églises » à l’effigie des hommes apparaissent.

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Le paradis a été perdu et ce qui vient ne sera que violence et désespoir. Il ne nous reste pour éviter la mort qu’à marcher en dehors du temps, loin derrière ou loin devant, sans cela seuls les fadaises peuvent exister.

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Malgré tout, il est tout de même vrai que ceux qui vivent pour des choses superficielles auront eu une vie plus jouissive que ceux et celles qui s’obligent à faire des casse-têtes en voulant sauver le monde ou se complaire dans leur titre ou encore leur travail. Vous voulez être heureux? Ne pensez jamais. Quelle est la destinée de l’humanité? À quoi bon essayer de modeler ce qui est indestructible? Ou ne vaudrait-il pas mieux tout arrêter?

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Je suis pour la vacuité des êtres et l’ignorance la plus totale. Il vaut mieux se noyer dans le plaisir des drogues, de l’alcool ou du divertissement. Comme la destinée humaine est déjà perdue, il serait bête de nous montrer comme la dernière génération de manifestants. Pourquoi? Parce qu’il a toujours été et il est déjà trop tard. Pourquoi? Parce que nous ne sommes que des humains.

Que croyez-vous ? Qui croyez-vous ? L’humanité va disparaitre. Je viens de te l’apprendre ? Tu croyais que tous ensemble nous ne serions jamais vaincus ? Vraiment? Il faut vraiment tout ignorer de la nature humaine pour s’imaginer qu’il puisse en être autrement.

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La fin prochaine de la vie humaine dans le monde, tel que nous le connaissons, est la seule chose qui importe pour le peu qu’il reste de nous.

L’humain est tout simplement déterminé à s’autodétruire.