La folie est le sens caché de notre civilisation.
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La vérité de l’espèce humaine, c’est qu’elle ne pourra jamais guérir d’elle-même.
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À la sortie d’un hôpital psychiatrique, on découvre un monde bien plus fou qu’à l’intérieur de ces lieux immondes. Cet endroit, c’est la planète Terre. Et j’y habite.
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« Vous ne voulez pas que je souffre, ou vous ne voulez pas que je pense? Ou bien les deux? » voilà ce que j’ai dit à mon psychiatre lors de la remise de ma première prescription.
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Le temps est une plaie qui ne coagule jamais.
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Je ne sais m’exprimer que sur ce qui
saigne. Toutes les maladies se guérissent sans exception, mais il est bien
ennuyeux de ne pas se gratter la plaie juste avant la formation de la cicatrice.
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Si je voulais parler de la folie en une image, je dirais qu’elle ressemble à un cannibalisme lent de soi-même, que c’est le goût salé de la chair que notre langue transporte qui éveille la psychose, que le fou croit que ce délire chaotique ne cessera seulement lorsqu’il aura mangé sa propre langue.
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Avoir tous les diagnostics et ne pas posséder de revolver : je suis contre le déroulement normal des choses.
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J’ai voulu me supprimer. J’y suis parvenu. Il ne me reste que mon corps sacrifié et ce quelque chose d’innommable.
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J’ai exécuté froidement ce suicide métaphysique. Oui, je suis bel et bien mort quoique vivant.
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La psychose procrée sans cesse. Elle est ce cri séminal où tout gigote pour finalement mourir dans un trou noir. Ou bien elle se reproduit et tout recommence, mais dans un tout autre anéantissement.
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Mieux vaut jamais que trop tard : R. s’insurge maintenant contre ceux qui attisent le désir du suicide, mais je porte encore les marques de son manque d’humanité sur les bras. Son amour était une ambulance.
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Se faire tromper en amour ressemble à la genèse de la psychose. Toute forme de vitalité se transforme dépression meurtrière. On réalise ou on ne réalise pas encore que le vrai devient faux, tandis que la rechute éternelle s’installe violemment.
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On tue davantage une personne avec des doutes qu’avec des certitudes.
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La seule chose qui ne puisse plus me faire pleurer, c’est moi-même.
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Jamais je ne me suiciderai. Mais j’ai hâte de mourir. Je ne comprends pas la folie à laquelle tout le monde adhère qui est celle de vouloir être en santé à tout prix. Voulez-vous vraiment dire que vous voulez absolument vivre dans ce monde le plus longtemps possible? Avez-vous
bien regardé autour et à l’intérieur de vous? Je ne vous comprends pas.
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Avoir l’impression d’être tombé dans le néant. Se sentir vidé de toute forme d’existence à l’intérieur de soi. Se sentir mourir constamment, sans jamais pourtant renaitre. Se sentir éteint, ne plus avoir la capacité de parler, car ce qui est intérieur est trop creux, trop violent, dépourvu de tout, du vide même. Mourir est une blague à côté de cet événement. Tout ce que j’ai pu croire, être, imaginer et penser s’est effacé dans mes yeux vagues et plus personne ne me reconnait. Je suis partout ailleurs, sauf ici et il ne reste rien sauf peut-être le temps qui saigne sur mes bras.
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Les marques sur les bras sont fâcheuses, car elles vous obligent à vous rappeler que vous êtes encore là. Que votre tentative a échoué et donc que vous êtes encore sur cette Terre a vous faire manger par les mites bien que vivant... L’homme est heureux lorsqu’il oublie qu’il est un humain. Ce qui le dépasse ou ce qui le fait régresser lui permet de s’accomplir lorsqu’il se croit autre que lui-même. C’est aussi pourquoi il faut toujours aller vers la différence.
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Le terme de « Dieu » est un usage langagier
qui prouve que les « grands esprits » parlent de ce qu’ils ne peuvent pas connaitre, c’est-à-dire du délire.
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L’unique chemin vers « Dieu » c’est la folie.
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Entendre des voix, quoiqu’en disent les psychiatres insensibles, est le phénomène le plus inexplicable qui soit. Comparable au mystère de Dieu, ce cri fou, ce hurlement aux allures de dictature ne dévoilera jamais son pourquoi ou sa nature trop profonde pour toute forme de raison.