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La naissance est une blessure si violente qu’une vie entière ne permet pas d’en guérir totalement. Seul le silence de la mort devrait nous réjouir. À cet instant, nous devrions admettre par un cri sincère : « Ce n’est pas trop tôt! » ou plutôt tout simplement ne rien dire.
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1. Feriez-vous un enfant si vous étiez presque certains qu’il se suiciderait ? La transmission génétique de la maladie mentale n’apporte aucune joie pour l’héritier, sinon celle de mourir.
2. Feriez-vous un enfant si vous saviez qu’il se ferait tuer au courant de sa vie à cause de la nature des hommes? L’extinction humaine n’est pas une théorie, mais son destin probable.
3. Feriez-vous un enfant si vous saviez que, s’il pense le moindrement, il serait nécessairement malheureux ? Un amer avenir, c’est ce que nous léguons à la jeunesse de demain…
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L’enfant s’amuse avec son imagination et quelques jouets, tandis que l’adulte joue avec les apparences – mépris, haine et dégoût pour l’homme ordinaire qui salit la pureté de ses origines.
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Accepte-t-on davantage la mort lorsqu’on la renie toute sa vie, sauf à la seconde où elle vient? Ou accepte-t-on davantage la mort lorsqu’on la laisse s’occuper de nous, lorsqu’on la subit, la scrute, l’attend, la laisse veiller sur nous? Nous empêche-t-elle de vivre ou nous prépare-t-elle à une mort paisible? Aucun cimetière ne pourraient en témoigner.
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Ce que je m’évertue à montrer c’est que la société comme le malade est infestée à l’intérieur de son propre sang par la maladie. Bien sûr, je suis pessimiste, mais le réel pessimiste se contenterait du silence comme réponse à tout. Je ne suis pas totalement pessimiste tout simplement parce que l’Histoire parle et je ne fais que répéter ce qu’elle montre. Je prends au moins cette initiative sans valeur. Par rapport à l’Histoire, il faut tenter de faire preuve de clairvoyance et de lucidité. La fin de tout ce qui est connu, ce n’est pas ce que je souhaite, mais c’est ce qui se produira. La façon dont l’humain agit me fait croire qu’il aura ce qu’il mérite, que j’aurai ce que je mérite, parce que nous sommes (et je suis), en un sens, à la fois responsables et irresponsables de ce que nous sommes. J’encourage les actions individuelles, les tentatives de guérison, mais il est évident qu’elles sont superficielles face au pouvoir de la maladie qui gruge notre corps sociétal ou notre esprit. Il est normal que dans un processus de guérison, le malade s’enfonce dans la drogue, l’alcool, la mutilation ou dans l’oubli volontaire de sa médication : provoquant une rechute de la maladie qui risque s’avérer fatale... Tout ce qui vit et tout ce qui meurt en nous est hors de contrôle pour quiconque. Mais conscient ou non de notre sort, la société, comme l’humain moyen ou le fou, est atteint d’une maladie incurable et cela rien ne peut le changer. Quand bien même nous agissions à notre meilleur, rien ne pourrait nous sauver, car il est fort probable, même prévisible que la bêtise l’emportera sur le bon sens. Nous n’avons qu’à transposer les « progrès » et les régressions de notre époque dans le futur, et il est évident que nous courrons vers la catastrophe. Le progrès ne peut en être un, car il produira à travers le temps son contraire. Les belles choses, il y en a encore beaucoup, mais elles existent dans la sphère individuelle, il faut les saisir pendant qu’il est encore temps. Si on me demande ce que je pense, je dis qu’il peut y avoir des époques de guérison partielle, mais la société comme le fou est presque toujours condamnée à la rechute. Mais peu importe ce que je pense, il ne reste que le constat du chaos et la précieuse distance qu’il y a entre lui cet instant dépourvu de sens pour tous... Les humains sont comme les produits que les patrons vendent dans les commerces. Rempli par le vide, il y a toujours plus de merde dans les étagères, et lorsqu’il n’y a rien, ils font de la vente de façade pour sauver les apparences. Il faut essayer d’être hors de soi lorsque la société et la maladie grugent notre intériorité. Le monde intérieur comme extérieur a été colonisé. Quitter son corps pendant qu’il se fait gruger par les mites pour habiter ce qu’il reste de réel dans le monde.
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Seule ma mort me permet de réussir quelque chose.
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Je me surprends parfois à sourire en regardant le ciel tout en me disant « il y a peut-être quelque chose d’autre… »
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À l’aube de mes 27 ans, je réalise que je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui s’intéresse à la relation entre l’écriture et les étoiles ou les planètes.
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Prendre conscience du cosmos, le réaliser intérieurement est l’une des dernières consolations qu’il me reste.
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Il faudrait pouvoir pleurer pour une feuille morte…
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Les plus grandes tragédies sont silencieuses, invisibles, sans retour.
J’ai connu un honnête homme qui aimait encore, malgré la vie, malgré tout…malgré qu’il ne fut qu’homme, entre autres choses…Il ne fut jamais aimé en retour. Un jour, il se résigna à faire face à l’inévitable. Il décida de maudire les tueries du quotidien. Il annonça la mauvaise nouvelle pour se blottir contre le torse bombé de Dieu… Quel était ce sentiment de déjà-vu lorsque sa cervelle éclata en sanglots...? Ce n’est qu’en mourant qu’il sut le sens véritable de la vie. Et plus personne ne le revue. Plus personne…sauf peut-être lui-même? Qui sait ?