Tout ce qui est montré par la société (ce qui est considéré comme vrai) sert à fuir le silence, l’être et la finitude humaine.
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Ce qui réunit le plus les gens est et sera toujours l’insignifiance.
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S’informer est une perte de temps, car on connait déjà la conclusion du dernier bulletin.
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J’espère avoir tort par rapport à ce que je pense de notre monde, mais plus le temps avance plus il m’arrive de penser qu’il pourrait être une bonne chose que j’ai raison une seule unique et ultime fois dans ma vie.
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Vouloir supprimer l’humanité entière est une haine de soi à son paroxysme, un geste totalitaire ultime, poussé à son extrême limite, mais il est pourtant très compréhensible. De toute façon, je suis presque assuré qu’elle le fera elle-même bientôt de son plein gré. Et alors?
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Il faut être inconscient pour se laisser dire quoi faire par quelqu’un et il faut l’être encore plus gravement pour se faire guider par un intellectuel.
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S’ils disent de moi que je suis un intellectuel, je crois davantage que ma folie n’est que raison et que dans ma « raison » il n’y a que de la folie.
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Plus le social se désarticule, plus les luttes contiennent des éléments absurdes et sans justification. La gauche a des priorités, mais celles-ci sont limitées. Une négation de la souffrance « non officielle » se produit, c’est-à-dire celle de la folie qui ne s’inscrit pas dans leur mythologie sacrée ou leurs compétitions de larmes. Les oppressions complexes que vit le fou ne sont pas prises en compte par quiconque, car autant la gauche que la droite en sont responsables. C’est l’humain le problème, non pas son point de vue politique, aussi riche ou pauvre qu’il soit. La gauche commence à avoir la même logique que la droite, car elle exclut au lieu de réunir. Elle le fait en s’appropriant le langage et la pensée par le filtre de ce qui ne peut être dit et de ce qui ne peut être pensé. Mais elle me blesse davantage, moi, le fou, en manquant d’humour à mon égard, en m’ignorant, en m’infantilisant ou en me prenant avec des gants blancs. Tout cela sera bientôt fini. Il y aura quelque chose d’autre qui nous explosera au visage.
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Si l’on est cruel avec nos semblables, on l’est encore plus avec ceux qui viendront. Il faut être un criminel dépourvu de culpabilité pour se reproduire. C’est de ne pas réaliser que la troisième ou quatrième génération qui viendra se retrouvera face à face avec la fin du monde que nous aurons soigneusement préparée pour eux.
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Ce que nous ne pouvons pas encore vivre, nous n’en avons pas peur, nous ne le comprenons pas, il arrive même que cela nous excite. Ceux qui savent imaginer et ceux qui sont compatissants envers tout ce qui a existé, existe ou existera sont ceux qui comprennent l’immense tragédie, la catastrophe sans lendemain qui approche d’un pas fugace.
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Ils ont pris un morceau de paradis pour en faire un centre d’achat.
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Nous avons coupé des arbres pour faire une maison d’aliénés dont beaucoup ignorent encore l’existence.
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Si Heidegger mettait la question de la mort au centre de toutes les questions, il faut maintenant penser la mort collective comme une fatalité prochaine, impossible à détourner de son axe.
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Heidegger a résumé notre vingt-et-unième siècle en une phrase curieuse, mais qui me parait de plus en plus claire, plus le temps passe : « Seul un dieu peut encore nous sauver ». Ce « Dieu » est probablement malade, car il est, il faut le croire, le reflet de la nature colonisée par l’homme.
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- Et si on trouvait une solution?
- Soit, si tu veux, mais l’humain ne pourra jamais remonter dans mon estime après toute cette longue histoire colonisatrice des consciences.
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La dernière chose qu’il faut espérer c’est d’avoir encore de l’espoir.