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Chaque cellule de mon corps et neurone de mon cerveau se fout totalement d’utiliser des méthodes non conventionnelles. Car le constat de la finitude humaine, dont Paul Jorion dans, Le dernier qui s’en va éteint la lumière, traite, est à envisager sérieusement. Les études scientifiques le prouvent. Rien n’importe réellement pour l’humanité en dehors de cette question de la catastrophe; le reste est divertissement. Et il demeure impossible d’agir dans un monde bâti pour des vieux avec des couches dans un casino.

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On ne convainc pas un bourreau en lui offrant des fleurs.

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L’être humain, comme l’animal ne peut pas changer sa nature. L’évolution n’est rien d’autre qu’une régression. À moins d’être au pied du lit d’un mourant, on ne peut rien promettre. La naissance amène la douleur et la douleur tend vers la mort. La vie n’est qu’une longue chute qu’on essaie tant bien que mal de rendre supportable.

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Passer sa vie à vouloir changer le monde, alors que c’est précisément parce qu’on a voulu le changer qu’il se détruira.

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S’engager socialement, c’est gaspiller sa vie.

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Ce n’est pas tant l’engagement qui importe, mais l’image qu’on se donne de son engagement. Ainsi, si les modes étaient primordiales pour se faire accepter à l’école primaire et à l’école secondaire, elles le sont encore davantage dans certains cégeps et certaines universités. Cases d’apparence et de corps, elles deviennent cases de pensées.

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L’intimidation que subit un enfant ou un adolescent laisse celui-ci avec un goût amer de la vie. Souvent plus « intelligent » que les autres, ce jeune homme ou cette jeune femme se répètera que plus tard l’intimidation cessera. Mais l’intimidation psychologique prendra rapidement la place de l’intimidation physique. Et ce n’est pas sans surprise que les rôles s’inverseront et que celui ou celle qui ne pense pas comme les autres sera rejeté. Celui ou celle qui sait observer sait que les victimes d’autrefois deviendront les bourreaux de demain.

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La croyance en des idéologies par un universitaire finit souvent par s’effriter à la sortie de l’institution. Cette personne ne choisit pas d’être « vegan », anarchiste ou féministe c’est l’environnement dans laquelle elle baigne qui la détermine. Ce n’est pas mal en soi, mais lorsqu’elle dénonce le conformisme en attaquant ce qui ne lui ressemble pas, cette personne adopte, avec des revendications réactives, violentes et méprisantes, le meilleur exemple de ce qu’elle met tant d’énergie à dénoncer.

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Je suis bien plus près des gens qui n’ont pas étudié et de leurs angoisses que d’un doctorant sans vécu. L’universitaire s’imagine avoir un impact sur le monde alors qu’il vit dans des réflexions imaginaires. Les gens qui trouvent le sens ailleurs que dans les livres sont plus près de l’angoisse et de la vie dans sa cruauté. Leur dur labeur de la semaine les amène vers les joies de la drogue et de l’alcool, et ils habitent davantage l’Instant.

Il ne faut pas régler des problèmes, mais poser des questions. Elles auront au moins le mérite d’apporter un baume à mon cerveau fatigué des mêmes palabres institutionnalisées. Celui qui passe sa vie dans les murs de l’université finit par oublier de penser et se met à argumenter. Il faut essayer de penser réellement, car l’argument dénature l’essence de la réflexion en créant une sorte de mathématisation de la pensée… Ma définition de la pensée : une poésie qui, mêlée à une musique intérieure, crée une danse intelligible et sensorielle.

L’étudiant au cycle supérieur dit des mots inutiles, des mots et des mots encore. Quand il agit, c’est toujours en vain ou même absurde. Préparer une révolution est la chose la plus naïve et risible qui soit. Au sujet d’un changement politique ou social : la partie est depuis longtemps perdue. L’apparition de l’humain sur Terre est en soi un échec prévisible pour toutes les formes de « luttes ». Je n’ai pas de respect pour celui qui s’imagine penser, mais qui, incapable d’être seul, ressent le besoin constant d’être en groupe pour se sentir exister. On ne fait pas la révolution avec des trompettes et des tam-tam. Pour que vraiment les chose changent, il faut beaucoup de violence ou mieux encore un poète qui comprend très bien les machines.

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Que la reproduction des mêmes erreurs et de la même merde d’une génération à l’autre. Chacun sachant ce qu’il doit faire et ne pas faire, n’osant pas se remettre en question, ne cherchant pas à s’observer, évitant la solitude et l’acte nécessaire de penser et de créer par n’importe quel moyen, tout en se gavant de cochonneries virtuelles et matérielles qu’on leur propose pour remplir le gouffre infini qui se loge dans le creux de leurs organes et de leur cervelle. Le pire, c’est que je n’y échappe pas, le pire, c’est que personne n’y échappe. Ne parlez pas trop fort, ne dérangez surtout pas notre confort gélatineux.

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Si les humains simples d’esprit n’accordaient aucune attention à la politique, ils pourraient acquérir très facilement une richesse d’esprit en ne faisant qu’être.

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Il est facile de voir les vulgaires feintes d’un Cro-Magnon au verbe d’acné.

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Dites quelque chose de vrai, ils le comprendront comme faux et futile, mais dites quelque chose de faux, ils le proclameront comme vrai et profond.

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Si tu demandes un changement social, peu importe ta demande, les pouvoirs te donneront ce qu’ils veulent te donner, c’est-à-dire pas grand-chose. Comme tout le monde, tu finiras par reculer d’un pas et ce pas définitif sera celui qui leur servira à te faire trébucher.

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À l’échelle mondiale, l’Occident continuera à dramatiser ce qui le menace sans savoir grand-chose et une puissante machine spectaculaire est à son service pour l’amplification de sa peur maladive et pour la fermentation d’une identité close. Les médias de masse créeront beaucoup plus de peur que n’importe quelles attaques terroristes en soi, que ce soit dans le passé ou à l’avenir. Ce n’est pas la chose qui a une signification, mais celle qu’on lui attribue qui en a une.

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C’est une bonne chose de se sentir bien, mais trop de confort fait dormir pour l’éternité. Vérité à l’intention du matelas de l’Occident.

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Alors que je travaillais dans une usine à un salaire de crève-faim, je m’étais lié d’amitié uniquement avec les « immigrants » noirs qui étaient là, car je les trouvais, pour la plupart, beaucoup plus intéressants que les blancs stéréotypés qui ne pensaient qu’à se vider et à modifier leur bolide. Un jour, je parlais de pauvreté avec G. et je lui disais que l’itinérance au Québec ce n’était rien comparer à la misère de plusieurs pays africains. Il m’a alors répondu et cela m’a laissé bouche bée : « La pauvreté et la maladie, ça n’a pas de couleur. La pauvreté et la maladie c’est la pauvreté et la maladie, peu importe où que tu sois, c’est pareil. »

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« La publicité est une dictature du vide ». J’écris ces mots. Ils étaient vrais il y a 100 ans et ils le seront dans 100 ans encore… S’il reste autre chose de nous que le Rien.

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La question de la finitude des humains passe dans le téléviseur, aux heures de grande écoute, après une pub de bouffe pour chien.

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