Par : SchizoLogia
La raison, tant magnifiée depuis des siècles, est l’adversaire le plus opiniâtre de la pensée.
Martin Heidegger
Chemins qui ne mènent nulle part
« Je suis comme une marionnette cassée
dont les yeux seraient tombés à l’intérieur. »
Ce propos d’un malade mental pèse plus lourd que l’ensemble des oeuvres d’introspection.
Cioran
Syllogismes de l’amertume
Crachats d’extase…
Depuis que les colombes blanches se sont fait dévorer par les bêtes, il y a dans ma tête un chaos vertical et la chair poudreuse des mots saigne sur ma langue-comprimé. Je marcherai avec le courage du lever du jour et je m’abreuverai à toi, azur de la résurrection.
La pensée éclate dans mes veines. Elle est noir asphyxie dans ma gorge. Je roule de lettre en lettre et un néant insoutenable tournoie à chaque syllabe que j’énonce.
Le silence cogne dans la porte de ma poitrine. Je deviens prêtre et chamane du Verbe, sorciers et bêtes à l’intérieur de la forêt multicolore des sens. Une lampe rouge se faufile dans mes vertèbres comme une grimace matinale du soleil sur les rochers aiguisés de mon âme folle et incendiée. Je hurle par-delà ma naissance. J’écoute les pas sourds de la mort. Je l’attends jusqu’à oublier l’attente. Je suis vidé de moi. Vidé du vide.
Terre noire mouillée où fougères, bouleaux, saules et fleurs boivent la brise rouge. Les oiseaux chantent les couleurs de la forêt. Sous les jets aiguisés de l’aube, les parois de pierres de la grotte transpirent de lourdes gouttes. Les vagues déboulent sur la grève qui roupille et les remous avalent l’haleine des branches, des algues et des coquillages. Les filets fins de salive chutent du ciel et imbibent les feuilles sèches. Je frôle la paume fragile de l’éternité du bout des doigts, du bout des doigts seulement : l’émerveillement nu.
L’hypnotique halo de l’aube s’entremêlera avec les flammes folles qui tousseront des spirales de fumée laiteuse. Mais les derniers rayons du crépuscule me ligotent et c’est plein de papillons qui veulent s’envoler hors de mes veines et jamais l’amour ne parviendra à cicatriser les blessures de ce silence.
Les cyclones noirs du temps encerclent les frêles fleurs des jardins. Le miel sucré de l’azur trempe l’herbe de sueurs flasques. L’oeil du soleil papillote. Ses palpitations disparaissent sous les cils des dernières lueurs de la nuit. La blanche spirale de la nuit donne repos aux cordes tendues, aux rigides racines, aux veines de nos apocalypses.
Et la nuit ouvre sa paupière. Une pluie rose de météores éclate en sanglots sur la vitre de la fenêtre craquelée. De part en part, les flaques d’eau reflètent l’esprit de la forêt fendue et les bêtes furtives fixent le lac qui scintille dans son cri craquelé. Au-dessus de la mousse turquoise des rochers, une aura perce la poche haletante de la brume flasque. C’est le souffle des déesses qui embrase les fruits stellaires chutant de leurs branches.
Tandis que nos cris ont perforé la lune et le soleil croûteux. Les monstres encagés dévorent les flammes roses dans nos poitrines. C’est à l’intérieur de nos gorges déchirées et arrachées que la terre goudronnée larmoie ses ordres de régression et de sacrifice. Les incendies de pétrole embrasent les dernières lisières de l’avenir, mais les orages nous donnent un silence sanctifié. Fuis la nuée de peau d’arbres en cendres. Cueille l’éternité. Franchis la savane des lunes après l’accouchement des oiseaux. Apprends-moi le mystère de l’amour par la transfiguration de l’Instant.