Les cloques de nuages
et de cendres
La lucidité et la blessure la plus rapprochée du soleil.
René Char, Feuillets d’Hypnos
À l’intention…
des Calculatrices
au Verbe d’acné
des feintes risibles
des Gestionnaires orangs-outangs
des hameçons pour fœtus
des Cro-Magnons du Marketing
de leur secte hypnotique
aux Stratégies
de pizzas congelées
Et à la fertilité
de leur décomposition
à venir.
Tous
Gouvernés par la brûlure…
L’Acheminement vers les limbes…
Donnez-nous
l’espoir d’être
un esclave chanceux
Donnez-nous
tous les protocoles
de production
toutes les instructions
pour la mutilation
le mode d’emploi
pour la maladie.
Lorsque tu auras mangé ta propre langue, ton délire cessera.
le sang crépitant
comme les mélodies blanches
d’un feu mouillé…
les cascades
les plus folles
pour les derniers
flocons de braise
sur ta langue
Cesse de regarder le ciel…Le moment viendra où tes yeux s’abaisseront et tu seras dévasté.
Nous sommes
souriants soldats
des chercheurs
de trésors en plastique
dans le désert de l’approbation.
Les poches biens remplies de perles, de diamants et de rubis rouges et bleus, nous sommes si lourds et si bien ancrés dans le sol que si un papillon ose descendre de la paume d’un nuage pour se poser sur nos têtes, nous serons violemment écrasés par son abyssale légèreté.
Donnez-nous
une clé au cou
des antennes
sur nos casques
des tablettes
sous les paupières
et une imagination
qui s’apprête à
s’écrouler.
Avant même de mûrir, le fruit pue déjà la guimauve.
Donnez-nous
des duplicatas de duplicatas
des photocopieuses accouchant
de fantômes schizophrènes
internés dans des rues
cicatrisées par la sueur
et l’ennui.
Le temps est une plaie qui ne coagule jamais.
Donnez-nous
des cabines d’essayage
pour nos masques jetables
des billets de théâtre
pour le travail et les repas
où un peu de vin
lubrifie les orgasmes
tièdes.
« On » te dévoile sous d’autres noms…Et maintenant tu craches sur ce qui te fait naître tout en cajolant ce qui te tue?
les enseignements
des gourous
du coffre-fort :
la transfiguration
de nos organes
par une boîte
d’élastiques beiges.
Celui qui arrive à supporter le craquement de la raison est bien plus puissant que celui qui utilise la raison pour à tout prix nous faire craquer.
Plus jamais
Nous serons libérés
des devants de la scène
confondant
nos plaies avec une langue
et des lèvres
vomissant
de fades logorrhées
mur à mur
leurs affiches se présentent
comme une tumeur
intraitable.
Au fond de ce trou béant qu’on ne cesse de vouloir remplir dans les périodes de lamentations…Il y a ce murmure aigu qui comme un couteau prend parfois l’allure d’un cri auquel personne ne peut échapper.
Nous voulons devenir
des meurtriers qui s’ignorent
déjà noyés
dans le liquide amniotique
et dans les Écrans
au Placenta.
Un des Chemins vers les Dieux, c’est la folie. Se blottir contre le torse bombé des déesses (Il glisse dans le creux des os des miroirs émiettés par les voix.)
la neige pour la souffleuse
la pluie pour la tondeuse
le soleil pour l’air clim
les feuilles pour le râteau.
nous classons nos meurtres
à la quincaillerie
nos cadavres resteront
semblables à tous
les autres :
des bunkers débordants
de « spray cans »
contre la pourriture.
Être un humain, c’est fuir constamment ce qui nous fait mal, sans jamais avoir la lucidité de l’encenser.
Nous échangerons sans sourciller toutes nos prières contre des colonnes de chiffres.
de ce que je suis
plus rien
ne me parvient
ce qui me devance
parle davantage
que les mots
Baptisé par son Miroir
l’Image Déifie.
Il ne peut y avoir que nous qui puisse nous nourrir devant des cadavres en ressentant si peu. Que nous qui puisse rire et chanter trente secondes plus tard devant des pubs de sacs de poubelle et de croquettes bios pour chiens.
Donnez-nous
des chaises roulantes électriques
des machines à liqueurs
dans les salles de triage
des jujubes en plastique
qui craquent
sous la mâchoire
du bocal.
Ce monde est bâti pour des vieux avec des couches gélatineuses dans un casino…
Donnez-nous
de très très vieux enfants
qui ne veulent
plus rien sentir
l’anesthésie totale
de la clinique d’avortement
en passant par l’oxycontin
dans la pharmacie de grand-papa
jusqu’aux trop onéreux coûts
de sa prise de courant
Nous ne saurons plus si
la finitude porte
une soutane
ou un sarrau.
Celui qui te prescrit tes sourires est aussi le Seigneur des berceaux et des cercueils.
La transformation des crachats de l’extase en chaos alphabétiques : il y a dans ma tête le paradoxe de l’hallucination où la chair poudreuse des mots saigne comme du sable sur ma langue
Tout s’est comprimé.
Petite allumette, ne sais-tu dont pas que je suis déjà incendie?
Qui se souvient du sens inexplicable d’être couché dans la neige par un beau jour de pluie?
Une absurdité? Non. Un secret, un regard caché derrière? Il le faut. Surtout un rite de passage. D’en dehors de son Sang, On n’en revient pas.
Comment transmettre ce qui a tendance à disparaître? Je suis poussé par la mort vers elle-même. Ce n’est plus l’innocence de la vie qui gouverne. Je veux être blessé, car c’est dans elle seule que réside ma vérité. Les mots sont des plaies qui s’infectent; les arbres dégueulent, saturés par la puanteur de l’existence humaine. Pour l’amour du pansement… Je suis enfoncé si creux dans la blessure de la nuit qu’il n’y a que Dieu qui puisse en émerger... Je vois, chemin faisant, l’improbable possibilité de l’existence d’une aube nouvelle. Tout me casse. Je cherche le pont qui puisse me faire caresser l’angoisse jusqu’au délice de la fêlure. Des poisons qui soignent? La mitraillette du goulot et du mégot fait de mes nerfs des fouets effilochés, des cordes à danser pour des pré-pubères TDAH. Un junkie qui se soigne se tue. Comment pourrait-il en être autrement?
Le monde se renverse. Il recommence. Le ciel s’incline pour embraser l’herbe humide. Des pétales et des feuilles lèchent la partition du sol sous le rythme imprévisible des branches-métronomes. Le vois-tu ce hoquet indicible qui surgit entre la naissance et la mort…?
L’Amnésie
(sans écho)
Les crépitements atomiques de la crise du sens :
condamnés à frapper aux portes de l’asile, nous savons qu’une frêle et petite araignée ou un moustique zigzagant d’épuisement sont, en réalité, de vertigineux dictateurs pour nos nerfs épluchés par les voix.
La coupure fait parler le sang; la cicatrice, la mémoire.
Le silence cogne dans la porte de ma poitrine. Je deviens le chamane, le sorcier du crépuscule et les bêtes affreuses à l’intérieur de la forêt multicolore du sens sont affamés. Une lampe rouge se faufile dans mes vertèbres martelées par des pianistes inconnus du réel. La grimace grise du soleil éclot sur mon âme incendiée; les rochers aiguisés saignent aux mouvements des vagues bavant des rubis mauves. Je hurle par-delà ma naissance. Je passe et je reviens, et j’aime tendre l’oreille : barreaux, chaînes, armes de toutes sortes et la mutation des cris en chansons dissonantes du courage. Je suis vidé de moi jusqu’à ce que je sois vidé du vide même.
Les incendies de pétrole embrasent les dernières lisières de l’avenir. Les orages nous donnent un silence sans cri, sanctifié. Fuis la nuée de peau d’arbres en cendres. Franchis la savane asphaltée et attends que la lune accouche des oiseaux. Contemple encore les Dehors où les mots sont cisaillés par les jets du vortex stroboscopique. Ne confonds plus tes barreaux avec la clairière...Découvre le cheminement de la transfiguration de l’Instant.
Ma pensée : une boule de chair qui gonfle, un concert de honte et de haine, un couteau sur les veines pour renouer brièvement avec le silence.
Mes bras sont des tuyaux où des larves insomniaques creusent leurs nids. Je joue à la noire asphyxie de la gorge, cela m’amuse de rouler de lettre en lettre. Et un néant insoutenable tournoie à chaque syllabe. Lorsque le fil de la raison s’effiloche, le vertige devant le vide devient une aliénante agonie. Immergé par la multiplicité de soi, je suis stérilisé par le pourquoi de la verticalité de l’autre. La Réalité s’écroule…Je suis lapidé par les enfants des bourreaux cannibales. Ils voient mon corps comme du fumier humain dans une ruelle où l’on prend soin de ne plus jamais mettre les pieds. Ce qui restera de moi sera mangé, car mes cris sont des offrandes.
Ce qui reste de moi fut mangé, car mes cris sont des offrandes.
nuit orange
qui vogue vers
la fulgurance des volcans :
la rosée
Si tu peux récolter d’un arbre sa sève, tu peux tout aussi bien sucer le passage de la nuit vers l’aube.
Larmes lèvres
larmes lèvres
les dents jaunies
par les débris salés
du réel…
Ton amour est une ambulance.
Nous ne fûmes
que semelles
et nuages d’ecchymoses
sur la nuque…
marqués par le chaos
de l’espoir
Nous appartenons
à un siècle
où la mort
ne goûte plus les étoiles…
Rien n’est plus présent que la disparition.
comme les autres
Nous exigeons
une carrière
entre les caissières actrices
et les bouchers en vacances
il y a tant d’existences
qui trop se ressemblent…
« Nous travaillons pour l’agriculture du « like »… »
Traversés
par ce qui retient
la tombe des Dieux
une porcherie de métal
du crâne des bêtes
jusqu’à la carcasse humaine
les poux gambadent
les poux gambadent
une serviette de plage
dans les dépotoirs
vaste jungle métallique.
« Je ne suis satisfait de vivre que si j’accélère la mort autour de moi. »
Traversés
par le peu qui puisse
encore retenir
dans la tombe des Dieux
personne ne voit
-peaux de poussières
flocons roses de chair-
que la jungle brûle
que la fumée qui flotte forme
des fantômes froids.
Es-tu de ceux qui voient déjà dans cet enfant le meurtrier à venir?
l’écho
du vent qui fend
la ferraille
partout
des corps fous et frêles
des coquillages fracassés
des naufragés échoués
cassés par la banalité
du désastre.
As-tu au moins souhaité une fois sérieusement de tout faire sauter? Si pour toi cela est inimaginable, tu n’appartiens pas à l’espèce humaine.
Voici les mégots
les cernes
les bouteilles
et les océans dépecés
par la nature
humaine.
Devant cet état du monde, deux choix demeurent : le fusil ou la création.
ça sanglote
des paysages sacrifiés
ça sanglote
pour du béton.
trop souvent là
où plus rien ne meurt
plus rien ne peut vivre
non plus.
Ce qui vient annonce toujours son contraire.
Il faut que les fenêtres
se désasphaltent
jusqu’à la résurrection
des forêts
que les rayons
dans le passage de l’eau
coiffent de ses cheveux
de lave
les zigzags
qui se décomposent
sous les bouquets
du soleil et de la lune
des perséides
dans la paume
peu à peu
les jongleurs dévient
de l’équilibre sacré.
La Dévastation-Éclaircie
je me révolte…
je me révolte
par la solitude
ce qui tue
je le cache
je cache tout
j’inscris
les gémissements de l’aurore
l’oreille posée sur le ventre
de l’aube
gonflé
par le silence.
Boire du café toutes les nuits pour réaliser à chaque fois que ce qui ne finit pas…
les astres
dans le cosmos
font éclabousser
le sens
il y a
au bout de tout
une fourchette invisible
qui se mêle
aux opacités ombrageuses
des planètes mortes
comme des olives ridées
toujours juteuses.
…veut pourtant tellement finir.
je suis celui
que je ne peux saisir
rien ne me parvient
tout ne cesse
de m’échapper
un crucifix
dans une chambre
d’hôpital.
Fatidiques, les cernes sous tes yeux indiquent le chemin vers la falaise de la folie.
Là où tout recommence
la fulgurance des hurlements :
la seule maison habitable
le dernier souffle
et la brûlure de l’instant
la synchronicité hallucinatoire
de la fumée
et des cendres
dans le passage du feu
ce qui vole tombe
le commencement et la fin
à la fois.
On se dit : « Je préviendrai ma chute, j’arrêterai juste avant de tomber, je devancerai d’un instant seulement, l’effondrement… »
« Je t’aime »
cette parole
qui dit Tout
tend
à ne plus vouloir
rien dire.
Présente en nous, une ombre nous suit et nous surpasse.
Nous gagnons à tout coup
dans la loterie des « affranchis »
de la bureaucratie du consentement
jusqu’aux statistiques d’efficacité
du « à plus tard »
la prière d’un numéro
une file d’attente sans fin
dans un couloir
« at the forefront »
pour la comédie la plus triste
qui soit.
Tu es aspiré par toutes leurs merveilles…Tu as tant de fois rêvé de chair et de chaleur…de gloire et de petit billet chanceux - comme si tu croyais guérir les maladies de la peau en les grattant toujours davantage. « Il faut garder espoir » que tous ne cessent de répéter. Pourtant…nous n’aurons été qu’un des boulons de la Machine.
des larmes
comme des ballons
de plage
tu joues le jeu
des collections de lèvres
tu joues le jeu?
de toute façon
les camions enterreront
tes trophées de sable
pour la prochaine
partie.
« J’ai eu le souvenir de tes étreintes tièdes aussitôt que je fus enlacé par la camisole de force. Et toujours, il y a le goût de tes lèvres roses au moment où je dois prendre mes comprimés de force. »
les plus aimés
n’aiment jamais
d’autres parmi tant d’autres
parmi tant
d’autres poinçonnent
dans un miroir ou
dans un écran.
Copier est à l’opposé d’être.
Nous nous concevons toujours trop à partir des impressions…
Si seulement nous départageions mieux la Machine de nous-mêmes…
Ou mieux que nombre de poètes deviennent de farouches programmeurs, des développeurs informatiques enragés.
« Que le massacre demeure ! »
des billes bleues brisées
sous un incendie
de larmes
sèches lueurs
chuchotant
de toujours
aimer.
Une immense spirale qui aspire et se concentre en un point, en sa présence.
Ce qui prend du temps parle.
Les derniers rayons du crépuscule me ligotent et c’est plein de papillons qui veulent s’envoler hors de mes veines. Leurs ailes saignent sous le soleil spongieux qui se voile sous ses cils éclatants jusqu’à ce que la spirale blanche de la nuit donne repos à nos rigides racines, à nos étranglements habituels, aux veines tordues de nos apocalypses.
Les cyclones et les tornades noirs du temps encerclent les jardins maudits. Là où de frêles fleurs de miel sucré et là où l’herbe de sueurs flasques s’abreuvent de nos questions…Qui cicatrisera les blessures du silence éventré ?
Et la nuit s’ouvre sous l’Autre paupière. Une pluie rose de météores sanglote chaudement sur la vitre. De part en part, les flaques d’eau reflètent l’esprit de la forêt fendue et les bêtes furtives fixent le lac qui scintille dans son cri craquelé. Au-dessus de la mousse turquoise des rochers, une aura perce la poche haletante de la brume grasse. C’est le souffle des déesses qui embrase les fruits stellaires qui chutent de leurs branches anorexiques.
Tandis que nos cris ont perforé la croûte de la lune et du soleil, l’halo hypnotique se confond aux flammes folles qui toussent des spirales de fumée laiteuse. Des monstres encagés dévorent les flammes roses dans nos poitrines asthmatiques. C’est à l’intérieur de nos gorges arrachées par la comptine vicieuse de la terre goudronnée qu’elle larmoiera ses ordres de régressions et de sacrifices.
Terre noire mouillée de bleu où boivent plantes, saules, hêtres et fleurs sauvages sous la brise qui balbutie. Tout se décomprend et s’inverse. Sous les jets aiguisés de l’aube, les parois de pierres de la grotte transpirent de lourdes gouttes. Les vagues déboulent sur la grève qui roupille et les remous avalent l’haleine des branches, des algues et des coquillages. La pluie est une toile d’araignée qui, en chutant du ciel, imbibent les feuilles sèches. Je frôle la paume fragile de l’éternité. Du bout des doigts, du bout des doigts seulement : l’émerveillement nu.
Les Divinités Prochaines
Certaines tragédies
restent silencieuses, invisibles,
sans écho et sans retour.
prendre conscience
du cosmos
intérieurement
la plus orgiastique
des consolations
qu’il nous reste.
Ils nous avaient servi
le beurre noir
sur l’acné du pain
le café crevassé
par les grumeaux
du lait étourdi.
Nous étions pétrifiés
jusqu’à la putréfaction.
Ils seront là
pour accomplir
les prophéties des dictateurs
les plus blasés.
Il restera
juste assez
assez d’Eau
pour nager
en nous-mêmes…
Tous, Gouvernés par la Brûlure…Nous nous abreuvons à l’Azur de la Résurrection. L’Algèbre de l’Océan nettoie les marques qui sur son corps font douleurs. S’il y a limite, il y aura nécessairement cassure…Bientôt, il ne restera plus rien de nous.
Les grottes qui s’écroulent nous font marcher vers un ailleurs. Nos pas ont le courage tendu du lever du jour.
En ces jours où préserver la mort en soi est peut-être la seule façon de garder la vie, les divinités prochaines annoncent la décompréhension des échos redondants de leurs fosses septiques.
Les mots s’acheminent vers les paupières où l’obscurité illumine.
Diluer
en soi-même
sa propre présence
là seulement
réside
la plus lointaine
proximité.